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CSRD : Les premiers faux pas !

  • Par biacorp
  • Le Ven 09 Avr 2010
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Écrit par Ousseina A. C. (OPINIONS N° 104 du 7 AVRIL 2010)

goukoy En fin de semaine dernière, plusieurs personnalités de l’ancien régime avaient été interpellées et gardées en vue dans les locaux de la Compagnie nationale de Police. A l’annonce de ces interpellations, beaucoup de Nigériens avaient pensé que l’assainissement tant réclamé et souhaité par bon nombre de nos concitoyens venait de commencer. Les différentes personnalités arrêtées étaient des hommes-clés qui avaient occupé de hautes fonctions aussi bien dans le gouvernement de Tandja Mamadou que dans les grandes sociétés d’Etat et d’économie mixte, ainsi que les principaux hérauts du tazarché et de la refondation. Il est clair que tout assainissement sérieux de la situation du Niger après le 18 février ne pouvait ignorer l’interpellation de ces poids lourds du régime de Tandja Mamadou ainsi que celle des soidisant refondateurs. Mais à la surprise générale, il ne s’agissait point de tout cela, car quelques jours plus tard, l’on apprendra que ces personnalités avaient été interpellées pour cause d’activités subversives et accusées d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Après quelques jours passés dans le dojo de la Compagnie nationale de Police, les ‘’comploteurs’’ furent remis en liberté mais consignés en résidence surveillée. En voila pour les faits. Examinons à présent l’histoire de cette accusation gravissime d’atteinte à la sûreté de l’Etat qui finit, à la surprise générale, en queue de poisson !

Canular ou poisson d’avril ? Le moins qu’on puisse dire dans cette affaire rocambolesque, c’est qu’elle survient à un moment où les autorités de la transition, par leurs nominations aux hautes fonctions de l’Etat, commencent à décevoir la plupart de nos concitoyens quant à leur volonté d’assainir véritablement la situation sociopolitique ayant conduit au coup d’Etat du 18 février. On aurait voulu beaucoup plus du solide et du sérieux dans les actes d’accusation contre ces personnalités, au lieu du piètre spectacle auquel l’on avait assisté ces derniers temps. Comme nous l’avions déjà dit dans nos précédentes livraisons, les Nigériens jugeront le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) à l’aune de deux exigences fondamentales : premièrement, l’assainissement qui signifie la fin de l’impunité, et secundo, le respect de la parole donnée pour conduire la transition jusqu’à son terme. En dehors donc de ces deux exigences, tout le reste peut être assimilé à du dilatoire pour conserver longtemps le pouvoir.

 
Nous ne cesserons de le dire, cet assainisse- ment primordial attendu de Djibo Salou doit commencer au sein de la hiérarchie militaire qui n’avait pas souvent donné l’image de chefs patriotes, consciencieux et dévoués à la République. En effet, la plupart des généraux et des colonels de notre armée, parmi ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, avaient, à un moment ou à un autre, constitué le précarré du régime de Tandja qui leur accorda tous les avantages et privilèges afin d’acheter leur allégeance totale, en prévision justement du tazarché. La compromission de cette hiérarchie militaire avait atteint un stade où le commun des Nigériens avait fini par croire que le tazarché n’était pas l’oeuvre de Tandja, mais que celui-ci était devenu l’otage d’un groupe de militaires à qui tout souriait et tout réussissait ! Aujourd’hui, qui connaît l’étendue du patrimoine de cette hiérarchie compromise dans tant et tant d’affaires pourries mais connues de tous ? Oui, Djibo Salou doit balayer les écuries d’Augias et ne doit pas se laisser divertir, car il représente l’unique chance de réaliser ce voeux : la fin de l’impunité. Après donc cette opération de salubrité publique dans l’armée, Djibo Salou devra s’attaquer aux affaires civiles qui sont, de loin, le plus gros chantier de la transition.
 
Chacun le sait, les motivations profondes du tazarché se résumaient uniquement à l’affairisme débridé au plus haut sommet de l’Etat, et par conséquent, tous les casses financiers qui en ont résulté ne doivent point rester impunis. Pourtant, dans sa première déclaration dans cette affaire, le Ministre de l’Intérieur, Ousmane Cissé, avait laissé entendre que ‘’ce sont des gens qui traînent des casseroles sales qui se livrent à des activités subversives’’. Pourquoi alors chercher ce que l’on a déjà sous les pieds ? Pour certaines de ces personnalités arrêtées, un simple audit indépendant de leur gestion les enverrait derrière les barreaux pour environ un siècle ! Pourquoi s’échinerait- on à leur faire cet honneur en les accusant d’atteinte à la sûreté de l’Etat, alors qu’ils sont des criminels potentiels de droit commun ? En effet, la procédure pour les poursuivre devant une Cour spéciale est lourde et souvent longue pour une simple période transitoire, alors que les crimes de droit commun constituent le lot quotidien des affaires judiciaires !
 
Ainsi, les autorités de la transition devront à l’avenir mûrir plus la réflexion avant d’engager ce genre de procédure. Ont-elles finalement reculé face à la pression des avocats, du Bureau Politique et de l’AFDR ? Un goût d’inachevé Ces arrestations ‘’shap shap’’ auront laissé à beaucoup de nos concitoyens un goût d’inachevé, et donné l’impression d’une affaire somptueusement bâclée. En effet, après le travail du Ministère de l’Intérieur, à aucun moment, l’on avait senti l’implication du ministère de la Justice dans ce dossier. Pourquoi ce retrait ? On l’ignore. En tout état de cause, une chose demeure certaine, c’est qu’après un coup d’Etat comme celui du 18 février, trois ministères doivent constituer les piliers fondamentaux du nouveau régime : le Ministère de l’Intérieur, le Ministère de la Justice et enfin le Ministère de la Communication. Si au niveau du ministère de l’Intérieur, Ousmane Cissé semble avoir pris la mesure de la situation en procédant d’emblée à son arrivée aux changements des hommes nécessaires, force est de constater qu’au ministère de la Justice et celui de la Communication, les choses sont restées à l’identique, voire à la … tazarché !
 
Au ministère de la Communication, au lendemain du putsch, c’était d’ailleurs l’un des journalistes les plus zélés des tazarchistes qui avait accompagné la délégation du CSRD dans sa mission d’explication à l’extérieur ! Pendant que la plupart des journalistes du public s’en tenaient à un rôle minimum de reportage des évènements du tazarché, ce journaliste de ‘’télétazarché’’ narguait les téléspectateurs chaque soir sur le petit écran par son zèle immodéré. Au ministère de la Justice, on prend les mêmes et on recommence alors que la mission a totalement changé depuis le 18 février. Pour remédier à toutes ces lacunes criardes dans la marche des dossiers prioritaires de la transition, le CSRD devra revoir non seulement ses nominations teintées souvent de népotisme et de favoritisme, mais également identifier les axes prioritaires pour réussir une bonne transition. C’est tout le mal qu’on lui souhaite, car, si cette junte nous a extirpé une grosse épine du pied, il n’en demeure pas moins qu’elle semble ne pas maîtriser les bons soins pour cicatriser la plaie !

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