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INTERVIEW DU COLONEL IBRO AYOUBA

Interview du Colonel Ibro Ayouba

Écrit par I.S. Gaoh (LE TEMOIN du 15 au 21 février 2010)

 

ibro ayouba «Contrairement aux rumeurs et à certains écrits, je n’étais pas candidat, mais j’ai appuyé la candidature camarade, militant de première heure du SNAD et qui n’a jamais trahi la cause du mouvement syndical ni compromis les intérêts de ses camarades», affirme le Colonel Ibro Ayouba.

 

Le Témoin : Bonjour mon Colonel. Au sortir du 14e congrès du SNAD, et, après la parution d’un article sur le rapport financier contesté du BEN, toutes les attaques allant dans le sens de défendre le bilan du BEN/SNAD se sont dirigées contre votre personne. Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette fixation, cette personnalisation du débat ?.

Ibro Ayouba : Vous savez, la vie est ainsi faite. Tant qu’on cherche à falsifier la vérité, il arrive que tous les subterfuges soient utilisés mais audelà de tous les maquillages, seule la vérité triomphera. Concernant les attaques, je ne me mettrai pas à pleurnicher, je ne ferai qu’assumer, tout comme le feraient les autres camarades membres du groupe dans lequel j’évolue et qui oeuvrent au redressement de la structure qui défend les intérêts des agents des douanes et de la douane dans son ensemble. Ce ne sont pas les attaques qui vont nous dévier de la ligne de conduite que nous nous sommes tracée. Le terrorisme intellectuel est une arme prisée par les intellectuels autoproclamés du pays, mais nous n’allons pas nous laisser distraire. Remarquez que ce n’est pas seulement le débat au SNAD qui m’attire la foudre de certains groupes d’intérêts, il y a aussi l’actualité politique. Je ne sais pas si c’est le lieu ici de me défendre, mais je note que chaque fois que l’occasion me sera donnée, je n’aurai de cesse de condamner ceux qui conduisent les syndicats, les associations, les partis politiques et même tout le pays tel que le BEN/ SNAD, certaines autres structures et individus le font. Rappelez-vous que il y a quelques années, la démocratie citoyenne était confisquée et tout le monde est unanime à le reconnaître.

 

Rappelez-vous aussi que l’opposition a cessé de fonctionner tout simplement parce que l’essentiel des acteurs politiques trouvaient leur compte et cela sur le dos du peuple. Rappelez-vous aussi que lorsque, sous le couvert de la démocratie, un véritable pillage des ressources publiques a été organisé, seule la société civile avait eu le courage de sortir défendre les intérêts du peuple avant que le parlement ne se décide à agir en chassant le gouvernement et à autoriser l’emprisonnement de certains de ses membres. Ma prise de position aujourd’hui va dans la droite ligne du combat que je menais aux côtés d’autres acteurs durant cette période. Ma conscience ne peut pas me permettre de défendre ou prendre le parti de ceux qui pensent que la démocratie est leur propriété et qui n’évoquent le peuple que pour défendre leurs propres intérêts.

 

Que vaut une démocratie qui ne sert que les intérêts de quelques individus et qui met de côtés l’intérêt général ? Pour ce qui est des attaques dont je fais l’objet, je ne suis nullement surpris ni gêné d’être sous le feu de ceux qui implorent le chaos nuit et jour sur leur pays si on ne leur donne pas le pouvoir. Pour revenir à la question du SNAD, il faut dire aussi que certains de vos confrères se sont sentis visés, ce qui n’est pas le cas parce que telle n’est pas notre intention. Notre objectif n’est pas de nous attaquer à la presse, mais de faire la lumière sur des malversations que nous avions dénoncées au congrès. Imputer certaines dépenses à la communication du SNAD, comme l’a fait le BEN, est une manière de couvrir des malversations. C’est ce que nous avons dénoncé. Sinon comment comprendre qu’un appui apporté à une connaissance à certaines occasions comme le mariage ou le baptême soit inscrit dans les dépenses du SNAD comment rentrant dans le cadre de la communication du syndicat. C’est par rapport à cela et à bien d’autres choses que nous voulons que lumière soit faite. Et, il faut que les gens assument leur gestion et lieu d’organiser une campagne de dénigrement contre nous.

Le Témoin : Le redressement du SNAD, dites-vous, est le motif de votre action. N’est-ce pas, pour vous, un prétexte pour revenir à la tête du syndicat comme certains le disent ?

 

I.A. : Contrairement aux rumeurs et à certains écrits, je n’étais pas candidat, mais j’ai appuyé le Camarade Mounkaïla, militant de première heure du SNAD et qui n’a jamais trahi la cause du mouvement syndical ni compromis les intérêts de ses camarades, contrairement à son challenger. Tous ceux qui connaissent véritablement le SNAD, tous les camarades qui apprécient les actions du SNAD en fonction des intérêts de ses membres savent que le Colonel Mounkaïla est un camarade de valeur. En soutenant Mounkaïla Nous avons tenté de sauver le SNAD d’un naufrage certain, mais des procédés extrêmement mafieux ont prévalu tout au long du congrès et pour la première fois au SNAD, le vainqueur attitré ne peut pas savourer sa victoire car il sait que la manifestation de la vérité que les gens ont cherchée au congrès, il va falloir y faire face à un moment ou à un autre. Je vous signale que le congrès même est attaqué en justice.

 

Le Témoin : Les gens, estimant que le Colonel Ibrahim Yacouba a suffisamment fait des réalisations positives pour le SNAD et ses militants, ne comprennent pas pourquoi vous lui en voulez personnellement.

 

I.A. : Parce que moi j’en veux personnellement au camarade Ibrahim Yacouba ? Ceux qui le disent ou le pensent ne connaissent pas l’histoire du SNAD ou cherchent volontairement à travestir l’histoire. Souvenez vous que sous la 4ème République, le gouvernement avait dissout le Syndicat National des Agents des Douanes. Pendant les quatre (4) ans qu’a durée l’interdiction, de 1997 à 2000, les membres du BEN étaient dispersés à travers le pays. Après la réhabilitation, suite à un accord entre l’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger (USTN) et le Gouvernement, pour reprendre les activités nous avions mis en place un directoire et des commissions (finances, organisation) pour préparer le 11 Congrès qui s’était tenu en 2001. En ce moment, le Camarade Ibrahim Yacouba était en stage de formation à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), devenue aujourd’hui Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), et militait dans le bureau de l’amicale des élèves et étudiants de cette école.

 

Je l’avais approché et l’avais inscrit dans l’équipe directoriale. Je n’oublierais jamais l’opposition farouche de certains camarades contre toute idée d’entrée du Camarade Yacouba dans le directoire et les conditions conflictuelles dans lesquelles s’était tenu le Congrès à l’ENA toujours à cause de ma volonté de faire rentrer Ibrahim Yacouba dans le Bureau Exécutif National. Même l’exposé de présentation de sa candidature que j’avais fait en plénière a suscité un tollé de contestation de la part des Camarades comme Mamane Brah, Najim Bilal, Mamoudou Idrissa dit « Moudi », Ibrahim Bolmey, Assoumane Mamani, Ali Chaibou et autres qui s’étaient mobilisés pour m’accuser de trahison en présentant la candidature de Yacouba à ce Congrès. Pour tous ces Camarades, tout était possible sauf la candidature de Yacouba. Les raisons du rejet de sa candidature étaient importantes et graves mais j’avais humblement pensé que l’homme peut s’amender et s’améliorer.

 

Lors des luttes des années 90 sous la 3ème République, ce camarade avait composé avec l’Administration de l’époque même lorsque les 24 agents des douanes, dont moimême et le Camarade Mounkaila Adamou, ont été sanctionnés (certains ont carrément été révoqués) et Feu Général Baré me menaçait publiquement de mort en disant qu’ « un nigérien de plus ou de moins ça ne diminuera pas notre pays » et avait chargé le Directeur Général des Douanes de l’époque le colonel Ali Souna de me porter ledit message. Ce qu’il avait fait à domicile. C’était la période où le Camarade Yacouba avait bénéficié de promotion, par une affectation à la Brigade de Maradi dont la décision était publiée en même temps que notre arrêté de licenciement. Et mieux, il s’était activement impliqué dans le COSIMBA et bénéficiait en retour des nominations à la tête de certaines Brigades Mobiles à l’intérieur du pays.

 

Durant les 3 ans, jusqu’au 12ème congrès en 2003, qu’a duré le premier mandat après la réhabilitation, nous avions vécu une tension interne du fait de la contestation de sa présence au BEN. Les anciens membres du bureau peuvent en témoigner. J’avais tout enduré et endossé toute la responsabilité. Tellement scandalisés, certains Camarades avaient carrément quitté le BEN pour aller créer un autre syndicat, le SYNTRAD qui existe encore. Lorsqu’il s’était agit de proposer Yacouba au poste de Secrétaire Général et que je le lui avait suggéré, il n’en croyait pas ses oreilles et me répondait que cela était impossible au vu de la contestation suscitée par son arrivée. J’avais, pour cela, longuement consulté les camarades et amis afin d’appréhender les obstacles potentiels.

 

Je puis avouer que même le Secrétaire Général actuel de la CDTN, Issoufou Sidibé m’avait déconseillé une telle démarche. Devant Allah, j’ai assumé tout seul cette décision en me disant que le Camarade tiendra compte de tout cela et s’amendera. Que les gens veulent maintenant falsifier l’histoire et réécrire les faits à leur convenance, je ne peux que le constater. Le combat de la 1ère décennie démocratique, 1990 à 2000, âprement mené par les syndicats et associations, Ibrahim Yacouba et ses Compagnons ne l’avaient pas partagé. Au contraire, ils l’avaient saboté aux côtés des fossoyeurs des luttes sociales. Aujourd’hui, vouloir réinventer le passé et se doter d’une image faussement démocratique par des actions médiatiques n’est que pure imposture.

Le Témoin : En plus des malversations dont vous parlez, vous accusez aussi les membres du BEN/ SNAD de trafic d’influence. Y a-t-il une différence dans le rapport que le BEN/SNAD entretient avec l’administration à votre époque et aujourd’hui ?

 

I.A. : Tous ceux qui se bousculent aujourd’hui pour être élus ou coptés au BEN pouvaient à peine accepter de rentrer dans les bureaux des sections à l’époque où j’étais Secrétaire Général pour la simple raison qu’aucun membre du BEN/SNAD ne peut bénéficier d’une affectation ou nomination enviable. Et le syndicat ne brassait pas de l’argent parce que ce n’est pas sa vocation. A l’époque, le combat du SNAD mettait en avant les valeurs sociales fortes contrairement aux transactions qui sont monnaies courantes actuellement depuis la cogestion. Ceux qui les connaissent peuvent faire la comparaison entre l’évolution de la carrière des anciens membres du SNAD à celle des nouvellement venus, ils verront la différence.

 

Les préoccupations personnelles sont telles que les membres du BEN/ SNAD ne s’occupent plus des activités véritables, de la mission du syndicat. Pour ce qui est des textes d’orientation les subjectivités des responsables syndicaux ont remplacé les statuts et tableau de bord. A l’heure actuelle, personne n’est capable de dire voilà une seule copie des textes fondamentaux issus du congrès. C’est là l’oeuvre des experts syndicaux, des magiciens de la parole. Mais en syndicalisme, la prestidigitation sera t–elle jamais une force victorieuse ?