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«Je suis convaincu qu'en 2007, il y a eu des circuits financiers entre les chefs d’Etat africains et la France»

  • Par biacorp
  • Le Ven 23 Sept 2011
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Par Rfi

  A en croire les révélations de Robert Bourgi, le système des valises et de financement occulte, entre l'Afrique et la France a pris fin sous Nicolas Sarkozy. Le journaliste Pierre Péan n'est pas de cet avis. Il publie aux éditions Fayard un livre intitulé La République des mallettes : enquête sur la principauté française de non-droit qui défraie la chronique en France.

RFI : Les révélations de Bourgi : un système de financement occulte qui selon lui se serait arrêté avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. La thèse est-elle crédible ?

Pierre Péan : Cette thèse ne me semble absolument pas crédible. Je suis convaincu qu’en 2007, c’est-à-dire pour l’élection présidentielle, il y a eu des circuits financiers entre les chefs d’Etat africains et la France. J’ai eu des témoignages de l’entourage d’Omar Bongo m’affirmant que des efforts financiers avaient été faits vers le clan de Nicolas Sarkozy. Cela m’a été rapporté à plusieurs reprises.

Ce n’est pas un hasard si j’ai fait parler Michel de Bonnecorse, qui lui, raconte ce que je viens de vous dire c'est-à-dire que Robert Bourgi ayant conscience que Dominique de Villepin n’avait plus aucune chance dans la future présidentielle, il raconte qu’au lieu d’amener des valises à chacun, il a préféré mettre le tout dans la même valise pour le donner à Nicolas Sarkozy. Donc je peux penser que Michel de Bonnecorse, à l’époque le Monsieur Afrique de Jacques Chirac, était probablement en position d’en connaître. En tout cas j’ai tenu à ce que sa version des choses soit mise en face de celle de Robert Bourgi.

 

RFI : Le milieu des intermédiaires et de la Françafrique sont des milieux où l’omerta est de rigueur. Pourquoi Robert Bourgi a-t-il brisé le silence ?

 

P. P. : La première fois que Robert Bourgi m’a parlé de cela, c’était le 15 octobre 2007. Il m’avait raconté la scène qui est dans mon livre : c'est-à-dire le jour où en septembre 2005 Dominique de Villepin le convoque à l’arrière de Matignon dans le pavillon de musique et lui dit que l’argent de Bongo, Sassou sentait le souffre et qu’il ne voulait plus avoir de lien avec (lui). Il est clair que Robert Bourgi n’a pas digéré cette humiliation.

Après les choses se compliquent. Quand mon livre sort, deux journaux en parlent longuement. Dans l’un comme dans l’autre cette affaire là ne fait que deux lignes et donc je pense que Robert Bourgi n’est pas très content que « ça fasse aussi peu ». Laurent Valdiguié du JDD comprend tout de suite que c’est une chose importante et demande à rencontrer Bourgi. Puis à partir de dimanche après-midi c’est l’emballement médiatique, on le voit partout et on ne parle plus du tout de mon livre. Mon livre est totalement évacué, on ne le cite même plus.

 

RFI : Vous apportez dans votre livre des révélations sur d’autres personnalités, Djouhri notamment… Les émissaires occultes sont-ils une spécialité française ?


P. P. : Dans tous les pays il y a des émissaires. La différence de Djouhri par rapport aux autres personnages que j’ai pu connaître dans le passé, c’est qu’il ne reste pas en marge de la République, il est au centre de la République et intervient sur des grands dossiers. Ca c’est complètement nouveau.

 

RFI : Djouhri justement, a-t-il joué un rôle d’intermédiaire entre Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy ?


P. P. : C’est dans les rapports entre la France et la Libye que je vois le plus la trace d’Alexandre Djouhri. Je vois Djouhri fonctionner avec Claude Guéant dans les tentatives d’obtenir des contrats avec la Libye. Ceux qui me racontent ça sont des gens aussi connus que Hervé Morin qui est alors ministre de la Défense ou Anne Lauvergeon présidente d’Areva qui voient bien que ces deux personnages fonctionnent ensemble pour essayer d’avoir des contrats sur le nucléaire, sur les rafales…

 

RFI : Vous racontez aussi les versements occultes d’une Commission du président angolais Eduardo Dos Santos, convaincu par Djouhri de pouvoir obtenir la libération de l’homme d’affaires Pierre Falcone dans l’affaire des achats d’armement pour le compte de l’Angola. Djouhri réussi à convaincre Dos Santos de lui donner de l’argent ?


P. P. : Cette affaire-là a provoqué une crise à l’intérieur de l’appareil d’Etat puisque Patrick Ouart qui s’est opposé, qui était au courant de ce qui était en train de se passer, et qui était conseiller juridique de Nicolas Sarkozy, à été menacé de mort par Alexandre Djouhri. Et ce qui est le plus extraordinaire c’est que non seulement il y a menace de mort mais il ne se passe rien pour Djouhri. C'est-à-dire que celui qui va perdre au bout du compte c’est Patrick Ouart. Et d’ailleurs Ouart va m’écrire pour me dire de faire très attention dans mon enquête, il me met en garde. Il me dit : « tout leur système est basé sur le secret ; en essayant de révéler ce secret vous le mettez en danger donc faites attention ».

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