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L’AUTOCRATISME REVOLU AU NIGER ?

  • Par biacorp
  • Le Ven 05 Mars 2010
  • Commentaires (1)

L’autocratisme révolu au Niger ?

Écrit par STJ (Roue de l’Histoire n° 497 du 03 Mars 2010)

Le nouveau chef d’Etat du Niger, le chef d’escadron, Salou Djibo s’est adressé solennellement à la Nation dans la nuit du dimanche 29 février au lundi 1er mars 2010. Cette déclaration, la première du genre de la part du nouveau chef de l’Etat du Niger, a permis de voir le personnage, en chair et en os et surtout de visage complet. Ce qui importe beaucoup dans cette apparition du chef de la nouvelle junte militaire nigérienne, c’est moins la présentation et la mise du personnage que ses propos, martelés d’une voix fraîchement sortie de l’anonymat.

Le plus important dans cette déclaration de base pour cet officier quasi-inconnu du grand public, c’est la sûreté, l’assurance et la détermination affichée de ce chef d’escadron de conduire de multiples actions au cours d’une transition de quelques mois. Parmi les nombreux thèmes ayant constitué la trame de son message du 29 février, et aussi parmi les conclusions avec lesquelles il a clôturé ses dires, nous avons retenu l’expression suivante : ‘’les régimes autocratiques sont révolus’’. En analysant en profondeur cette sentence, on a l’impression que le commandant Salou à l’instar de quelques autres compatriotes d’ailleurs, croit dur comme fer, que dans notre pays son coup d’Etat du 18 février dernier est le dernier de la série. Avant lui, notre pays a connu et subi bien d’autres prises de pouvoir par l’armée, que cette opération soit appelée coup d’Etat, putsch, pronunciamiento ou coup de force. Le commandant Salou Djibo est aujourd’hui le quatrième officier à s’installer à la tête de l’Etat du Niger, à la suite du lieutenant-colonel Seyni Kountché qui mourut avec le grade de Général, du colonel Baré, assassiné avec des étoiles de Général sur les épaules, du commandant Daouda Mallam Wanké. Et avec le commandant nouvellement installé, estce la fin du coup d’Etat militaire au Niger, comme il le sous-entend ?

 

Pour essayer de comprendre le sens de l’affirmation du commandant Salou Djibo, rappelons les circonstances dans lesquels il y a eu irruption militaire dans les affaires politiques de notre pays. Pour ce faire, passons en revue les différents coups d’Etat échoués ou réussis perpétrés dans notre pays depuis l’avènement de la République en décembre 1958 et la proclamation de l’indépendance le 03 août 1960. Dans cet ordre d’idées, nous nous rappelons des interventions militaires suivantes :

 

1-Tentative de coup d’Etat du capitaine Diallo ou la mutinerie de la première CCAS en 1963 ;

2-Rumeur de tentative de coup d’Etat en mai 1968 ;

3-Coup d’Etat, le 15 avril 1974 par des officiers à la tête desquels opéraient le lieutenant-colonel Seyni Kountché, élu chef d’Etat major des Forces Armées Nigériennes et son second le commandant Sani Sounna Siddo ;

4-Tentative de coup d’Etat taxée de coup de force organisé par des militaires dirigés par le commandant Moussa Bayéré et le capitaine Mohamed le 15 mars 1976 ;

5-Tentative de coup d’Etat perpétrée sous l’égide du lieutenant de gendarmerie, ami du Général Kountché le bien connu Amadou Oumarou Bonkano, les 5 et 6 octobre 1983 ;

6-Coup d’Etat du 27 janvier 1996 organisé par des officiers qui ont placé le colonel Ibrahim Baré Maïnassara, alors chef d’Etat-major à la tête de leur junte.

 

7-Renversement du pouvoir le 9 avril 1999 à la suite de l’assassinat du Président de la République alors en exercice, par un groupe armé dirigé par le comman- dant de sa garde, le commandant Daouda Mallam Wanké.

8-Et enfin le coup d’Etat militaire réussi du 18 février 2010 réalisé par le commandant Salou Djibo et ses hommes. Ainsi donc, en cinquante années du pouvoir des Nigériens et aussi d’exercice de souveraineté nationale, nous avons vécu huit (8) irruptions militaires sur la scène politique de cette République proclamée le 18 décembre 1958 et dégagée du joug colonial le 3 août 1960. Chacune des interventions militaires a été plus ou moins justifiées par chacun des chefs de junte et de façon totalement différente de celle des autres. Et malgré cette diversité d’explications, somme toute conjoncturelles et circonstancielles, le commandant Salou Djibo proclame que l’ère de l’autocratisme est révolue.

 

S’agit-il ici de l’autocratisme de ceux qui s’installent déjà au pouvoir et qui l’exercent comme le Président Tandja qui a géré le Niger du 21 décembre 1999 au 18 février 2010 ou bien le commandant fait référence aux événements à venir. Doit-on comprendre que plus jamais après le Président Tandja, il n’y aura un autre chef d’Etat qui essayera de modifier des constitutions ou d’en élaborer des nouvelles pour s’installer en autocrate ou bien s’agit-il de celui ou ceux qui peuvent être tentés dans les années à venir de prendre le pouvoir par la force au Niger ? Au juste, devons-nous comprendre qu’il n’y aura plus de coup d’Etat au Niger après celui du 18 février 2010 ? Et quand des Nigériens cherchent le remède miracle qui va leur éviter désormais l’irruption de l’armée sur la scène politique, pourront-ils être satisfaits un jour ?

 

Autrement, s’agissant de coup d’Etat, plus jamais cela encore ? Est-ce possible ? Essayons de nous fourvoyer dans ce taillis sioco-politique pour voir peut-être un peu plus clair sur ce qui hante le Niger au cours des décades 2010-2020, etc. Commençons par rappeler les circonstances qui ont fait sortir nos militaires de leurs casernes de 1963 à 2010. 1ère partie : les diverses interventions militaires et leurs circonstances : nous avons écrit plus haut que chacune d’entre elles a apporté ses raisons manifestes et ses circonstances. Quant aux raisons ou causes cachées, nous ne sommes pas en mesure de les connaître véritablement.

 

C’est de notoriété publique que les candidats à l’exercice du pouvoir ne dévoilent pas tout le temps et en tout circonstance leurs motivations profondes, objectives et subjectives. Peut-être que l’histoire finira par nous édifier dans la marche inexorable de sa roue. Il y a au début ce qu’on appelle : -le complot du 18 décembre 1963 avec le capitaine Diallo, alors commandant de la 1ère CCAS puis ont suivi -l’affaire de 1968 -le coup d’Etat de 1974 ; -la tentative de coup de force de 1976 ; -l’essai échoué de 1983 ; -le coup d’Etat en bonne et due force de 1996 ; -l’assassinat du Président de la République en 1999 -et the last but not the least, le coup d’Etat du 18 février 2010. Passons les tous en revue, brièvement.

 

1-Le complot du 18 décembre 1963 : c’était le Ministre de l’intérieur de l’époque, le tout-puissant Djamballa Yansambou Maïga qui en a fait l’annonce radiophoniquement le 03 décembre de la même année. L’affaire a été annoncée et présentée comme un complot visant à renverser le régime de la 1ère République le 18 décembre 1963, jour anniversaire de la proclamation de la République du Niger. Cette tentative de coup d’Etat s’inscrivait à l’époque dans le cadre du malaise et de l’insécurité provoqués par le début d’une insurrection armée organisée par le parti Sawaba de Djibo Bakary. L’armée toute jeune était engagée dans les opérations pour éradiquer et contenir les commandos du parti, entraînés disaienton à Nankus en Chine.

 

Et on peut affirmer que toute cette lutte dérivait de la contradiction antagonique instaurée entre la frange de la classe politique au pouvoir, regroupée dans le PPN-RDA et sa rivale animant le Sawaba, parti dissout officiellement en novembre 1959. Depuis lors, les sawabistes étaient partis en exil ! Peut-on lier la tentative du capitaine Diallo Boubou – Djamballa et les commandos de Djibo Bakary ? Mais le capitaine Diallo lui-même, chef présumé de ce qui fut taxé de mutinerie a-t-il reconnu avoir programmé de renverser le régime du PPN-RDA le 18 décembre 1963 ? Et si oui quelles sont les raisons qu’il a invoquées ? Est-ce le ras-le-bol créé par les alertes permanentes exigées par la nécessité de rester vigilant face aux commandos du Sawaba ? On attend encore pour mieux savoir. Il faut noter qu’en 1963, le monde nageait dans les eaux troubles de la guerre froide entre l’Occident et l’alliance soviétique.

 

Et le Niger évoluait dans le giron de la France Gaulliste membre de l’alliance Atlantique sortie pourtant de l’OTAN. Il faut aussi signaler que les pays africains ont commencé à entrer dans l’ère des coups d’Etat militaires avec celui perpétré au Togo contre le Président du pays, le nommé Sylvanius Olympio en janvier 1963. Coup suivi de bien d’autres au Zaïre, au Soudan, au Dahomey, au Congo Brazzaville, etc. Et en 1968 encore les dirigeants nigériens ont cru avoir découvert un autre complot dans notre pays.

 

2-Que s’est-il passé en mai-juin 1968 au Niger ? Passons rapidement car cette affaire n’a pas soulevé beaucoup de bruits encore moins de passion et de commentaires. On sait que le Président de la République Diori Hamani séjournait au Canada où il venait de nouer des relations quand il fut rappelé au pays par ses amis en raison de la découverte d’un complot.

 

Il y aurait quelques interpellations d’officiers et l’affaire de 1968 a été étouffée –pour rebondir le 15 avril 1974 avec quelques uns des personnages cités six (6) ans plus tôt.

 

3-Le coup d’Etat du 15 avril 1974 a surpris peu de nos compatriotes. L’ambiance socio-politique était électrique à la fin de l’année 1973 à cause de :

 

-la sécheresse de 1973 et la famine ; -les remous sectaires et universitaires ;

 

-la préparation du congrès du parti au pouvoir ; -la question de l’exploitation et la vente de l’uranium. Le PPN-RDA dont la direction n’était pas si homogène en ce moment-là

 

–on entendait sortir des bouches des futurs congressistes des positions divergentes tissées les unes autour du Président du parti, le Président de l’Assemblée Nationale, Boubou Hama, et les autres regroupés autour du secrétaire Général du parti, Président de la République, Diori Hamani. Et le 15 avril 1974 survint le premier coup d’Etat réussi en terre nigérienne. Quelles en furent les raisons vraies et fausses, annoncées et dissimulées ? Pour les putschistes du 15 avril 1974, leurs raisons sont dans leur proclamation, prononcée par leur chef, le lieutenant- colonel Seyni Kountché qui disait : «Nigériennes, Nigériens, Ce jour, 15 avril 1974, l’Armée a décidé de prendre ses responsabilités en mettant fin au régime que vous connaissez.

 

Après 15 ans de règne jalonnés d’injustices, de corruption, d’égoïsme et d’indifférence à l’endroit du peuple auquel il prétendait assurer le bonheur, nous ne pouvons plus tolérer la permanence de cette oligarchie. En ma qualité de chef d’Etat-major Général des Forces Armées, je décide et proclame :

 

-la suspension de la constitution ; -la dissolution de l’Assemblée Nationale -La suppression de toutes les organisations politiques et para politiques. Réaffirme notre appartenance à toutes les organisations à l’échelle du Con tinent africain et à celle de la communauté internationale. Le respect de tous les engagements précédemment souscrits à condition qu’ils tiennent compte des intérêts et de la dignité de notre peuple. Cette responsabilité, nous l’assumons dans l’ordre, la justice et la solidarité.

 

Ainsi, les autorités militaires et civiles veilleront sans défaillance au maintien de l’ordre, à la protection des personnes et des biens dans leurs zones de responsabilité. Le couvre-feu est instauré de 19 heures 30 à 6 heures, et ce, à compter de ce jour. Nigériennes, Nigériens, Mes frères, Devant la situation la plus dramatique que connaît notre pays, je sais que je peux compter sur vous que vive le Niger». Voilà donc les raisons ayant conduit les putschistes du 15 avril 1974 à s’emparer d’un pouvoir qu’ils ont promis à plusieurs reprises de rendre aux civils. Mais de gouvernements provisoires transitoires, ils ont conduit le Niger en 1979 à la mise en place d’une commission chargée de la mise en place d’une Société dit de développement. Quand celle-ci, bien structurée prend forme, elle fut empaquetée dans un mouvement polico-social qui devint en mai 1989 un parti-Etat :

 

le Mouvement National pour la Société de Développement. Avec l’instauration du multipartisme en novembre 1990, ce parti-Etat se mua en un parti simple comme tous les autres de son genre : le Mouvement National pour la Société de Développement (MNSD). Après le Général Ali Saïbou, membre du CMS, organe de gestion du pouvoir de 1974 à 1989, ce fut le Colonel Tandja Mamadou qui s’empara de la présidence du parti de 1991 à 1999 lors de son élection à la présidence de la République du Niger. Les membres du CMS encore vivants vaquèrent à leurs occupations personnelles à Niamey avec quelques uns d’entre eux restés dans l’arène politique et toujours prêts des forces armées nigériennes ; ce sont :

 

le Général Ali Saïbou, les Colonels Idrissa Harouna, Amadou Seyni et aussi le Général François Wright, le Colonel Boulama Manga, le capitaine Cyrille Gabriel. L’ombre du CMS ne quitta pas encore le Niger et son pouvoir en l’an 2010. Quel rôle jouent encore certains de ces officiers de l’ex-CMS dans les luttes pour la prise et le maintien du pouvoir au Niger. L’un des mérites du CMS fut d’avoir contribué à la création de la classe politique et militaire, nouvelle caste, nouvelle oligarchie des années 1980 – 1990 et suivants ayant remplacé celle dénoncée par le Colonel Kountché le 15 avril 1974.

 

4-Le coup d’Etat du 27 janvier 1996 fut perpétré par une junte conduite par le Colonel Ibrahim Baré Maïnassara, aide de camp de Kountché à partir de l’année 1975, commandant d’unités militaires, ministre sous Ali Saïbou, ambassadeur – et aussi chef d’Etat major particulier du chef d’Etat civil M. Mahamane Ousmane élu en mars 1993. Et pour le Colonel Ibrahim Baré Maïnassara, les raisons de son coup d’Etat résident dans la mésentente au sein de la classe politique nigérienne et la menace de la survenance d’un chaos au Niger. La nouvelle junte se présenta comme celle des sauveurs du pays et elle prit le nom de Conseil de Salut National (CSN). 5-Le 9 avril 1999, le Commandant Daouda Malam Wanké assassinat le Président Baré dont il est le chef de la garde. Cet épisode de l’histoire du Niger est présenté comme l’une des conséquences de la crise politique dans laquelle le Niger fut plongé à cause de la dissension entre le pouvoir de Baré et l’opposition politique FRDD-AFDS.

 

Cette opposition fut soupçonnée d’avoir trempé dans le complot du 9 avril 1999. Neuf mois de transition ont suffi pour organiser des élections générales et remettre le pouvoir aux civils. 6-Le coup d’Etat du 18 février 2010 est survenu aussi au cours de cette période trouble où le pouvoir de Tandja et son opposition ont fait échouer le dialogue dans lequel ils ont été engagés. Les deux camps ne pouvaient pas s’entendre. Avec leur entêtement, leur détermination de vaincre, ils ont créé les conditions d’une nouvelle irruption de l’armée au pouvoir. La mésentente de la classe politique en 1996, en 1999 et en 2010 s’est terminée par des coups d’Etat. Et aussi souvent que des civils au pouvoir ne pourront pas s’entendre et résoudre leur contradiction entre eux, le troisième larron que constitue l’armée interviendra pour les mettre à raison.

 

Peut-on donc éviter de coup d’Etat à l’avenir au Niger ? C’est difficile. Peut-on trouver des parades ou de remèdes à ces renversements de pouvoir par l’armée ? On va essayer de le voir dans les lignes suivantes. Le commandant Salou Djibo déclarait entre autres que l’ère de l’autocratisme est terminée. Qu’est-ce à dire ? De toutes les façons, il va diriger l’Etat du Niger à la tête du CSRD pendant toute la durée de la transition qui sera instaurée. Après quoi, un régime civil sortira des urnes au moment où lui ne sera pas aux affaires. Qui donc va garantir le non retour à tout autre régime autocratique ? Par quel mécanisme empêchera-t-on à un autre chef d’Etat même élu de se transformer en autocrate ?

 

Et quel auto mécanisme pourra empêcher un autre régime putschiste d’éviter la manipulation dans le cadre d’un régime autocratique ? Sera-t-il possible d’envisager dans la constitution de la 7ème République des dispositions empêchant tout coup d’Etat comme dans la constitution de la 3ème République ? Essayons de voir clair dans la seconde partie de cet article. 2ème partie (à suivre).

Commentaires (1)

mohamed
  • 1. mohamed (site web) | Lun 08 Mars 2010

hello niamey le bleme politique du niger resulte d'un taux trop faible en matiere de connaissance dans le domaine politique des population nigerienne;pour moi pour palier a cet enducape ile faut qu il ai une campagne de sensibilisation

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