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Les hommes politiques et leurs marabouts !

  • Par biacorp
  • Le Jeu 25 Mars 2010
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Les hommes politiques et leurs marabouts !

Écrit par Une enquête de Djafarou Soumana (Le FLIC N° 181du mardi 23 Mars 2010)

Au Niger, le recours aux marabouts, Zimas, féticheurs et autres sorciers réputés, est monnaie courante. Il y a des opérateurs économiques et des politiciens qui n’entreprennent rien sans avoir au préalable consulté leurs marabouts ou féticheurs. Généralement, ils sont sollicités soit pour faire prospérer une fortune, soit pour accéder à un poste politique ou pour le maintenir. Dans certains cas, il est fait recours à leurs services pour barrer la route à un rival ou se débarrasser d’un concurrent encombrant. Le Flic s’est intéressé à la question à la veille des évènements majeurs qui s’annoncent : mise en place du Conseil Consultatif, chronogramme des futures élections, gestion de la transition etc. Venus pour certains du Massina au Mali, du Fouta Djalon en Guinée, d’autres auraient été recommandés de Mauritanie, du Sénégal et aussi du Nigeria, du Bénin et du Burkina voisin. Vendeurs d’illusions ou faiseurs de miracles, l’on ne peut répondre à la question. Cependant, leurs prestations convergent vers un seul et unique objectif, réaliser les désirs de leurs commanditaires.

Qui sont ces hommes ?

 
Grassement rémunérés, ils sont sollicités tant pour leur «puissance» que pour leur «invulnérabilité». A les entendre, leurs tableaux de chasse suscitent bien de tentations : «Je suis le conseiller pour les affaires occultes du Président… de… c’est grâce à moi qu’il a accédé au pouvoir et c’est encore moi qui lui ai permis de conserver son fauteuil lors du soulèvement des années 20… Il n’entreprend rien sans m’avoir au préalable consulté. En somme il m’obéit au doigt et à l’oeil» ! «Moi, je suis au service du Président depuis environ une dizaine d’années. A l’époque, simple lieutenant de l’année, il m’a été confié par son père, un ami et un confident. Aujourd’hui ; il préside aux destinées de son pays sous ma protection»..
 
Comment travaillent ils ?
 
Leurs méthodes de travail, ils préfèrent n’en souffler mot. Certains pourtant vous révèlent que c’est par divination qu’ils prédisent. D’autres soutiennent qu’ils sont versés dans la science d’interroger les génies (bon ou mauvais), d’interroger la terre ou les cauris ou tout simplement de lire dans la paume de leur client pour dévoiler ce à quoi ils doivent s’attendre. Ces hommes, vous les côtoyez sans les reconnaître, vous les voyez sans vous douter un seul instant de leur métier. Ils sont pourtant à côté de vous. C’est à la veille des évènements ma- jeurs notamment la transition et l’après transition que bon nombre d’entre eux sont au Niger. Pour la plupart ils voyagent avec des passeports diplomatiques de leur pays d’origine ou du pays dans lequel ils sont établis et où ils exercent. A l’image d’un marabout bien connu de chez nous, ils voyagent beaucoup, sur invitation de personnalités politiques de haut rang.
 
Pour votre édification, nous avons enquêté.
 
Mohamed Abdouramane Silla, malien d’origine, naturalisé mauritanien, est conseiller à Nouadhibou depuis 1999. Profession ; conseiller (sans autre précision). L’intéressé séjournant à Niamey depuis une semaine, prétend avoir été recommandé auprès de Monsieur X leader d’un parti politique : «J’ai pris l’habitude de venir souvent à Niamey. A l’occasion de ces voyages, j’ai eu à travailler pour certaines personnalités politiques bien connues. Certains sont encore en activité. Actuellement, je suis au service d’un potentiel candidat aux futures présidentielles. Selon mes premières prédilections il est en passe de remporter ces élections. A deux reprises, la terre que j’ai consultée me l’a révélé. Son étoile a brillé par deux fois…
 
Pour peu qu’il se conforme à mes prescriptions et qu’il s’acquitte des offrandes il passera. Certes, la compétition sera rude, mais il doit passer car la terre ne ment pas. Mes invocations et incantations m’ont également révélé que les populations de l’ouest et une partie de celles de l’Est lui sont acquises. D’ici, je dois me rendre dans un pays d’Afrique Centrale où j’ai un rendez-vous avec une personnalité de haut rang. Avant la fin du mois d’avril. Je reviendrai au Niger au mois de septembre. D’autres charlatans non moins lotis de chez nous, sont aussi consultés. Celui que nous avons rencontré dans une superbe villa au quartier Zabarkan ressemble tout sauf à un prédicateur. Venu du pays Songhaï, il prétend avoir été sollicité par un membre influent d’un parti politique de la place.
 
«Je n’aime pas me déplacer pendant cette période. Ceux ou celles qui veulent me consulter, font généralement le déplacement vers moi et dès qu’ils en nourrissent l’intention, je le pressens et je m’apprête à les accueillir en conséquence. Généralement ils viennent à moi. Après que j’eus entrepris les invocations en leur faveur. Pour le cas présent, je suis au service d’un parti politique dont de l’avis de ses dirigeants est traversé par des contestations en tous genres. Mes divinations prédisent que ce parti retrouvera sa force d’antan car la paix et la sérénité reviendront dans les rangs des responsables et des militants Incha Allah.» De l’autre côté du fleuve à Karadjé, nous avions été guidés vers un prédicateur du pays gourmantché.
 
Celui-là est assez prolixe. Dans sa demeure, calebasses et masques divers sont entassés dans un coin. Après les salutations d’usage, l’homme n’a pas attendu que nous lui signifions l’objet de notre visite. Après plusieurs incantations, il s’est mis à faire des signes sur un sable fin étalé sur un morceau de carton et dit : Monsieur, vous semblez avoir des pépins au niveau de votre service. Le poste que vous occupez est convoité par deux de vos collègues et d’ailleurs les plus proches à vous. Ces messieurs ne dorment pas. Ils s’activent chacun de son côté pour vous faire sauter de votre poste. Avec la bénédiction de Dieu, je saurai vous mettre à l’abri de ces convoitises.» Mais nous ne sommes pas ici pour une quelconque consultation, lui dis-je. Nous avons appris que vous séjournez ici il y a seulement quelques jours.
 
A ce qu’il parait, vous êtes venu offrir ou plutôt monnayer pour un parti ou une personnalité qui aspirerait à la magistrature suprême de notre pays. C’est là l’objet de notre visite et nous voudrions être édifié à ce sujet. L’homme comprit tout de suite ce que nous recherchons. Sans mâcher ses mots, il nous rétorqua : «Je veux bien travailler pour vous si vous le désirez et soyez certain que je garderai le secret. Pourquoi voulezvous qu’il en soit autrement pour mes autres clients. Et puis, dans notre métier nous sommes liés par un serment, celui de ne pas trahir la confiance de nos clients, même si ces derniers pour une raison ou une autre, n’arrivent pas à honorer leur engagement (payement des prestations s’entend). Je ne peux donc vous dire pour qui je suis venu et pour quel motif.
 
Revenez me voir un jour si vous aviez des problèmes.» Sur ces entrefaits, nous nous éclipsons en nous promettant par quelque artifice que ce soit, de découvrir le commanditaire de ce «liseur d’avenir» gourmantché. Comme vous le voyez, sans avoir fait tout le tour de la ville de Niamey, nous sommes convaincus que des charlatans et des médiums sont tapis dans l’ombre, oeuvrant pour la réussite de tel ou tel autre candidat. Seulement, ce que nous nous demandons, c’est de savoir si la puissance occulte serait à elle seule suffisante pour prospérer ou remporter des élections ? Nous ne terminons pas en ajoutant que si l’irrationnel devait aisément permettre d’accéder à la magistrature suprême de ce pays, nombreux sont ceux qui allaient se bousculer pour y parvenir, y compris nous, parce que nos grands-pères nous ont légué aussi «quelque chose».

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