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OTAGES FRANÇAIS D’AREVA: LES CONTOURS D’UN ENLÈVEMENT...

  • Par biacorp
  • Le Dim 26 Sept 2010
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Écrit par Ibrahim Elhadj dit Hima (Roue de l’Histoire n° 526 du 22 Septembre 2010) 

L’armée française se déploie dans le Nord nigérien, pour l’heure, c’est la principale chose à confirmer dans les tous prochains jours. Pour l’instant, dans la version officielle, la branche Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a confirmé sa paternité dans les actions d’enlèvement le jeudi 16 septembre vers 2h du matin des 7 otages dont 5 français, un togolais et un malgache travaillant pour Areva et SATOM, une société de BTP sous-traitant avec le groupe nucléaire..

Dans un communiqué paru le mardi 21 septembre dernier sur la chaîne de télévision arabe Al-Jazeera, Al-Qaïda a revendiqué l’enlèvement des 7 employés d’Areva intervenu à Arlit, localité du nord du Niger qui abrite les installations d’exploitation de l’uranium d’Areva.

 

Dans son communiqué, AQMI a indiqué qu’il fera bientôt parvenir sa demande à l’Etat français. Mardi 21 septembre, le Ministre français de la défense, a authentifié la revendication. Depuis lundi déjà, un dispositif militaire comprenant trois avions de patrouille français et 80 militaires a installé son Quartier Général sur l’aéroport de Niamey à partir duquel sont menées les opérations de surveillance au vol du désert nigérien et du Nord-Est du Mali, à la recherche des ravisseurs et de leurs otages. L

es recherches se poursuivent et pour l’instant, une seule certitude semble se dessiner, les otages seraient détenus quelque part dans le Nord Mali après les premiers renseignements recueillis qui indiquaient que le groupe d’assaillants à bord de plusieurs véhicules Toyota avaient pris la direction d’Inabangaret en direction de l’Algérie. Mardi 21 septembre, le ministre porteparole du gouvernement nigérien, dans un point de presse qu’il a tenu a indiqué que le gouvernement nigérien suit avec une grande attention l’évolution de cette affaire.

Les otages se portent bien, a-t-il précisé. Sur la responsabilité de ces enlèvements, le porte-parole du gouvernement nigérien a déclaré que l’heure n’est pas à la polémique, comme pour couper court aux supputations et soupçons du groupe Areva qui semblait vouloir rejeter la responsabilité sur l’Etat du Niger. Areva avait attendu le coup Le groupe du nucléaire français avait parfaitement attendu les opérations d’enlèvement. Areva n’a pas voulu prendre des sécurité de son personnel.

La direction d’Areva était prévenue, une note d’information en date du 1er septembre dernier en provenant de l’Algérie avait été adressée au groupe Areva par le préfet d’Arlit faisant cas des actions terroristes en cours de préparation dans la zone. Un groupe de combattants Moujahidines avait été aperçu dans les environs d’Arlit depuis le 23 août, indiquent certaines sources. Il faut dire que les renseignements fournis par la partie nigérienne au groupe Areva s’inscrivent dans les clauses de l’accord cadre de la convention signée depuis 2009 entre le gouvernement nigérien sous la houlette de l’ancien Président de la République Tandja Mamadou et Anne Lauvergeon, la patronne du groupe Areva. S

ur la base des mécanismes de protection que la direction d’Areva avait ratifiés, sa sécurité devait être assurée par les forces armées nigériennes. Le groupe Areva devait verser des ressources financières dans ce sens. Areva semble avoir remanié ce dispositif de sécurité, employant les forces de défense et de sécurité uniquement sur les sites de la COMINAK et de la SOMAÏR, deux installations uranifères du groupe Areva. Le site d’hébergement des travailleurs est gardé par des vigiles non armés, indique-t-on. Que reste-t-il désormais de l’accord cadre signé entre Areva et le gouvernement nigérien ? La question reste posée.

On se rappelle déjà que depuis le début de l’année 2010, le groupe nucléaire français a procédé à un réaménagement du chronogramme de mise en valeur du gisement d’Imouraren, deuxième grand site uranifère d’Arlit dont Areva a décroché le permis d’exploitation en 2009. L’exploitation de ce gisement stratégique prévue initialement dans les clauses du contrat en début de l’année 2012 a été repoussée de manière discrétionnaire par Areva pour l’année 2013. D’autre part, le programme d’aménagement des voies d’acheminement du minerai par tronçon routier ou par voie ferrée traîne encore les pieds.

Tout le processus déclenché à travers ce grand chantier depuis le 4 mai 2009, date de la pose de la première pierre du gisement d’Imouraren est désormais suspendu. L’enlèvement des 7 otages jeudi 16 septembre dernier attribué au groupe Al- Qaïda ne peut donner qu’un coup de frein supplémentaire au processus de mise en route du contrat signé par Areva avec le gouvernement nigérien. Depuis samedi 18 septembre dernier, le premier groupe des travailleurs expatriés du groupe nucléaire a débarqué sur l’aéroport de Paris et actuellement il ne reste aucun employé expatrié sur le site d’Areva à Arlit. A la mijuillet, le chef de la junte militaire qui effectuait un séjour à Paris à l’occasion de la fête du 14 juillet a pu rencontrer la direction d’Areva, au menu de l’entretien, la mise en route des accords sur le dossier d’Imouraren. Ce qui désormais n’est plus à l’ordre du jour depuis le 16 septembre dernier..

Areva, le poste militaire avancé de la France.

En fait, pourquoi le groupe du nucléaire français a-t-il montré quelques réticences à fonctionner avec le dispositif militaire nigérien ? Le Quotidien français Le Point qui rapporte des propos d’un ancien officier militaire français donne quelques pistes de réponses. Pour Areva, l’essentiel était d’obtenir une présence militaire française dans la région, aux menaces militaires, il faut une réponse militaire, les forces armées nigériennes sont de grandes qualités, mais elles ne disposent pas de forces spéciales, a indiqué une source proche d’Areva rapportée par le journal Le Point. Il faut dire en fait que les enjeux stratégiques autour du nucléaire dépassent largement le cadre des intérêts privés et dans cette affaire, Areva se présente un peu comme le poste militaire avancé de la France au Niger.

Al –Qaïda apparaît ici comme un prétexte vertueux et le Plan Sahel décrété par le Président français Nicolas Sarkozy dans les pays comme le Niger, le Mali, la Mauritanie préfigure clairement une implantation militaire française dans le Sahel à l’image de l’Africom pour les américains. Il faut voir déjà le premier maillon de ce dispositif installé au Niger sous le couvert du personnel de sécurité d’Areva. En effet, depuis 2005, la direction de la protection du patrimoine et du personnel d’Areva est entre les mains d’un officier supérieur de l’armée française, l’Amiral Thierry d’Arbonneau qui, de 2002 à 2004 avait commandé les forces océaniques françaises composées des sous-marins nucléaires.

En 2007, après l’attaque d’Imouraren par le MNJ, Areva va confier sa défense à une structure dénommée EPEE dirigée par un autre officier supérieur, le colonel des paras Jaques Hoggar. Ce dernier va enrôler dans son équipe un autre officier de l’armée française, l’ancien attaché de défense à l’ambassade de la France au Niger, Gilles Denamur. Il n’avait pas eu beaucoup de chance puisque suite à quelques incidents protocolaires avec le régime Tandja titillé par les questions de la rébellion touareg du Nord, il sera expulsé du territoire nigérien en même temps que le directeur de Areva Niger, à l’époque Dominique Pin.

Areva ne va pas s’en tenir là puisque le colonel Jaques Hoggar va aussi recruter pour le compte de la protection d’Areva un autre officier de la marine militaire française, le colonel Benoît de Rambures. Cet officier parachutiste d’infanterie de la marine se trouvait précédemment en poste en Mauritanie où il a entraîné une unité spéciale de lutte contre le terrorisme. A tout cela, il faut ajouter une flopée d’officiers subalternes. Depuis les événements du jeudi 16 septembre, la présence des forces armées françaises se fait plus manifeste avec un groupe de 80 soldats, des avions militaires de surveillance, des soutiens potentiels d’hélicoptères de combats en provenance de Nouakchott ou de N’Djaména.

Au fur et à mesure que le personnel civil d’Areva est évacué en France, des éléments de l’armée française vont progressivement investir le Nord nigérien. En fait, si la France a toujours cherché une présence militaire dans la région Sahélo saharienne, elle ne pouvait pas rêver de meilleure occasion.

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