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Rencontre du chef de l'État avec les forces vives de la nation : Le courroux du général

  • Par biacorp
  • Le Mar 10 Août 2010
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Écrit par Moussa NAGANOU (Le Patriote 15 - N° 39 du 06 Août 2010)

 La bonne humeur générée par le calme et la sérénité du général de corps d'armée Djibo Salou de départ ne l'a pas emporté sur le tempérament de colère qui a aggravé le ton de ses interventions lors de la rencontre du 31 juillet 2010 à Niamey. Il faudrait désormais que les Nigériens comme tous les peuples civilisés du monde comprennent que la politique est un métier sinon un art. La preuve résulte du fait que seuls les professionnels de la politique peuvent évoquer tous les sujets de la société sans changer de mine ou craquer. Au moment où l'homme fort de Niamey répondait aux questions des participants, nous sommes rentrés dans la tête des leaders politiques assis là face au chef de l'État, comble d'étonnement nous avons saisi des impressions exclamatives du genre "ça y est, on l'a eu, on l'a découvert!". Un presque incident verbal qu'ils ont obtenu de lui à l'égard des citoyens et qu'il faudrait désormais parer par son staff pour éviter d'éventuelles dérives à la Dadis dont tout le monde a su prévoir l'issue par avance! Ce samedi 31 juillet dernier, le général de corps d'armée Nigérien Djibo Salou a réuni l'ensemble des forces vives de la nation pour leur entretenir des grands sujets d'intérêt national pour la première fois depuis la prise du pouvoir par le CSRD.

La plupart des gens ne le connaissaient qu'à la télévision. Mais ce jour là, il a offert une opportunité pour se faire connaître davantage par les Nigériens. Tous les leaders politiques étaient là présents à l'exception de Seini Oumarou président du MNSD Nassara et président de l'AFDR, interpellé deux jours auparavant et gardé à vue à la gendarmerie nationale. Si l'initiative est salutaire et même saluée par la majorité des citoyens, il faut dire qu'il reste beaucoup à faire pour gérer et correctement réussir et assumer des telles rencontres. Il a failli déverser son courroux à ses invités. Car il était paru à tous, brutalement différent pour ne pas dire étranger dans son tempérament que dans le ton de son parler habituel à la phase questions-réponses qui constitue d'ailleurs la substance même de cette rencontre. Puisque l'échange proprement dit ne pouvait se traduire que par les interventions des invités marquées par des contributions ou par des questions et les réponses du général et son équipe. Curieusement le ton et le tempérament du général ont tourné visiblement à la colère. Si certains justifient cette colère en le comparant tout simplement à un tempérament lié à la discipline militaire, d'autres par contre estiment avec une grande déception qu'on n'est pas sorti de l'auberge à moins de sept mois de la fin de la transition dans la mesure où il n'y a toujours pas de réel compromis entre acteurs de la transition et les forces politiques. Ce sont des humeurs de mal compréhension entre la classe politique et la junte au pouvoir? Visiblement oui! Mais il faut que cela change parce que la transition avance et le Niger avec.

 
Même si les sujets abordés sont d'une gravité réelle à la fois pour les autorités de la transition que pour les acteurs politiques, l'on ne devait jamais perdre de vue qu'il s'agit ici exclusivement des affaires Nigéro-Nigériennes et que cela doit se gérer comme tel sans perdre la face! Le chef de l'État l'a tout de même compris mais son tempérament et le ton de sa réaction semblent l'avoir trahi face à ses invités interloqués et donc surpris! Alors que tous les acteurs restent d'accord qu'il faut poursuivre la transition sous l'angle de la triptyque : restauration de la démocratie, assainissement et réconciliation. Mieux ils sont d'accord sur la méthode pédagogique prônée par la commission de moralisation des finances publiques consistant à restituer à l'État ses biens perçus indûment. Mais qu'est-ce qui a bien pu mettre en colère notre général de corps d'armée en tout chef de l'État qu'il est? "Le régime militaire le plus démocratique au monde" comme l'a dit un intervenant dans la salle connaît-il des difficultés? On ne l'a jamais su. C'est le ministre de l'intérieur qui le confirmera plus tard en faisant appel aux candidatures féminines pour les postes de cadres de commandement.
 
Est-ce tout? On sait que des nominations ont été refusées par certaines personnes compte tenu de l'éloignement des postes à la capitale. Aussi la fête du cinquantenaire de l'indépendance proposée par la France a été rejetée par la junte pour cause de crise alimentaire au Niger. Une attitude approuvée par les citoyens. Le régime subit-il des pressions internes ou externes et pour quel but? On n'en sait rien mais ces interrogations nous paraissent légitimes et méritent toute l'attention requise aussi bien des autorités que des citoyens informés autrement dit les plus éclairés. Ce général n'aimerait-il pas les critiques? Pour une fois on a vu un chef de l'État attentif aux débats de la rue. Il a tenu à répondre à un certain nombre de questions dans la foulée relativement aux nominations dites de parents amis et connaissances (p.a.c) et au projet de constitution à régime présidentiel proposé par l'AFDR très mal perçu! Mais il sait que la critique est constructive car elle nourrit et mûrit les projets qui en résistent. En tout cas nous voudrions savoir qu'estce qui justifie des telles réactions? Les Nigériens ont eu certes besoin d'un sauveur contre la lourde atmosphère politique qui pesait sur eux à cause de la forte tension provoquée par l'opposition entre les forces du tazartché et les autres.
 
Mais il faut dire qu'aujourd'hui la donne a changé aussi bien dans les pensées des citoyens que chez les leaders et les Nigériens restent plutôt préoccupés par le retour de leur chère patrie au sein des pays démocratiques c'est à dire des pays en phase avec les réalités politiques du moment. Sous la colère le général dira que les Nigériens sont pressés. Il a peut être oublié que les Nigériens ont peur de cette façon de parler. Car l'ancien président Tandja Mamadou fut le premier à dire en 2008 dans le but de rassurer les Nigériens qu'il partira à la fin de son mandat le 22 décembre 2009 en déclarant à la presse Française en l'occurrence le journal le Monde que " je suis pressé " de partir. Moins d'un an seulement après cette déclaration historique, il imposera un référendum qui catapultera la 5è république et les Nigériens se retrouveront dans une 6è république qui porte les germes de l'avènement de la transition de Djibo Salou en cours présentement. C'est pourquoi le Niger n'a plus droit à l'erreur! Il porte sur le dos l'ultime devoir de réussir. Si la transition est ainsi fixée à un an pile et que le chef de l'État pense aujourd'hui que les Nigériens sont pressés, on pourrait légitimement penser qu'il fait allusion au délai de cette dernière.
 
Mais il a vite rassuré comme tous les autres qu'il a promis de remettre le pouvoir, il le fera et le général invite les leaders politiques à se " tran-quil-li-ser ". Il a ainsi rejeté en bloc toute tentative de rester au pouvoir tout comme il a renvoyé aux hommes politiques leur responsabilité dos à dos en dénonçant leur trop grande précipitation en rédigeant le code électoral avant la constitution sachant bien que le code électoral est subordonné à la constitution même s'il l'a dit à l'envers. Ce qui donne raison à la presse qui l'a dénoncé à son temps. N'est-ce pas alors que ce sont les hommes politiques qui sont pressés et cela démontrent qu'ils ne sont forcement et véritablement pas des " démocrates ". Donc les Nigériens ne sont pas du tout pressés. Et s'ils le sont cela est tout à fait légitime, démocratie oblige.

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